MANIFESTE TRACTS REGARDS CHRETIENS

« À l’heure du soupçon, il y a deux attitudes possibles. Celle de la désillusion et du renoncement, d’une part, nourrie par le constat que le temps de la réflexion et celui de la décision n’ont plus rien en commun ; celle d’un regain d’atten­tion, d’autre part, dont témoignent le retour des cahiers de doléances et la réactivation d’un débat d’ampleur nationale. Notre liberté de penser, comme au vrai toutes nos libertés, ne peut s’exercer en dehors de notre volonté de comprendre.

 

Voilà pourquoi la collection "Tracts" fera entrer les femmes et les hommes de lettres dans le débat, en accueillant des essais en prise avec leur temps mais riches de la distance propre à leur singularité. Ces voix doivent se faire entendre en tous lieux, comme ce fut le cas des grands "Tracts de la NRF" qui parurent dans les années 1930, signés par André Gide, Jules Romains, Thomas Mann ou Jean Giono – lequel rappelait en son temps : "Nous vivons les mots quand ils sont justes."

Puissions-nous tous ensemble faire revivre cette belle exigence. »

 

Emmanuel Roussel

 

Tracts, une nouvelle collection de brefs essais d’actualité

 

Les Éditions Gallimard lancent en février 2019 une nouvelle collection de brefs essais d’actualité intitulée « Tracts/Gallimard ». Elles renouent ainsi avec une pratique éditoriale des années 1930, quand étaient réunis, sous l’appellation des « Tracts de la NRF », les textes d’intervention d’André Gide (Retour d’URSS), de Thomas Mann (Avertissement à l’Europe) ou de Jean Giono (Refus d’obéissance). Témoins, acteurs et consciences de leur temps, ces écrivains, parmi d’autres, se montrèrent soucieux d’opposer publiquement leur parole aux mots d’ordre entravant alors la liberté de leurs contemporains.

Alors que la parole publique est devenue aujourd'hui un objet de défiance et que, par ailleurs, la revendication et l’argument d’autorité prennent souvent l’avantage sur le débat contradictoire et la réflexion critique, « Tracts/Gallimard » accueillera à nouveau des textes de femmes et d’hommes de lettres apportant leur libre éclairage sur notre actualité sociale et politique, témoignant de la sorte de leur commun désir de s’engager par la compréhension de ce qui se joue.

Proposé à un prix très accessible, ces textes, numérotés, ont vocation à circuler et à enrichir le débat public.

Le premier volume, signé Régis Debray, est consacré à la question européenne.


 

Pourquoi Tracts/Regards Chrétiens ?

 

Toute une histoire, le tract, « l’abrégé d’un traité ».

Le mot débarque d’Angleterre en France sous la Monarchie de Juillet, dans les années 1830, parce qu’on a besoin de la chose, en pleine bataille d’idées, pour narguer la censure du monarque et le politiquement correct de la boutique au pouvoir. Pour diffuser une information interdite, clandestine ou dérangeante sous une forme légère et populaire, brochure ou feuille volante.

La NRF reprend l’appellation dans les années 1930, celles du Front populaire, car certains de ses auteurs, parmi les plus grands, souhaitent intervenir sans renier ce qu’ils sont : des écrivains.

Ensuite, vinrent, à la fin des années 1960, les ciné-tracts de Godard et Chris Marker, en vidéo, trois minutes, 50 francs.

Et aujourd'hui, tracts le retour, sur papier, Nouveaux Mondes derechef.

Il y a, paraît-il, une érosion des pratiques de lecture traditionnelle. On lit moins de livres et de revues, mais on veut toujours débattre et réfléchir. Est-ce une raison pour tomber de l’autre côté du cheval et se résigner au picorage et à l’instantané, au règne de la communication, volatile et fragmentaire ? Entre l’écrit du livre et l’info de l’écran, entre le solennel et l’anodin, « Tracts » fait le pari d’une troisième voie pour continuer d’alimenter la conversation nationale.

Ce mode d’expression a des exigences. Pour l’auteur, une écriture, une réflexion, un ton. Pour le lecteur, trente minutes d’attention, au lieu de deux ou trois. Pour le format, moins qu’un livre ; plus qu’un article ou un édito. Polémique, s’il le faut, mais sans attaque ad hominen.

Toute culture dominante, à chaque époque, appelle sa contre-culture. L’écran numérique a besoin de contrepoints, pour ralentir et souffler. 


 

Directeur de publication : Emmanuel Roussel